Aug 162012
 

The legend of the Amazons, women-separatists, female warriors, has been a constant source of reflection and symbolization since the ancient historian Herodotus mentioned them, as if they were real and living somewhere in the area of present-day Ukraine, in The Histories. Here we have three excerpts from a brand new novel, Les Amazones, published this month by Les éditions de L’instant même. Les Amazones is a vivid and very up to date recreation/adaptation of the myth, written by a young French-Canadian author, Josée Marcotte. This is her first book publication in print — two earlier works came out online at éditions publie.net. This morning she tweeted a quotation from Henri Michaux, somewhat cheekily rewritten to refer to her book:

“Les Amazones” est un torrent d’anges mineurs, car tjrs le sacré cherche abominablement à voir le jour. [“The Amazons” is a torrent of lesser angels; the sacred is always trying, abominably so, to see the light of day. dg’s loose translation.]

But you get the point — the myth, like Freud’s repressed, is always trying to elevate itself to conscious thought,  often with beautiful, violent and decidedly upsetting consequences.

dg

———

Josée Marcotte appartient à la génération qui a fait siennes les possibilités de l’édition électronique. C’est ainsi qu’elle a mis en ligne La Petite Apocalypse illustrée (éditions publie.net, collection “Décentrements”), sorte de dictionnaire iconoclaste, illustré d’éléments iconographiques populaires (bande dessinée, cartes de Monopoly, etc.) et tournant autour de la figure centrale du point d’interrogation. Ainsi y définit-on l’âme : “Principe qui désigne le moi sans maison, souffle entre les planches et draperies ayant le choix des corps.”

Les diverses facettes de son œuvre rendent compte d’une pensée qui se place en creuset d’influences diverses : Volodine (sans qui elle ne se serait pas lancée dans la réécriture mythologique sur le thème des Amazones dont Numéro Cinq présente ici trois extraits ), Claude Gauvreau (pour son langage exploréen), Pierre Yergeau (pour l’éclatement dans la représentation). Josée Marcotte affectionne la marge (Marge est d’ailleurs le titre et le personnage central du récit fondant son mémoire de maître à l’Université Laval), les regards obliques portés sur les archétypes : Les Amazones renvoient à la fois à la mythologie classique (avec des insertions judaïques au substrat gréco-latin) et à un monde voisin du nôtre par les références en creux qu’il suggère. En somme, le monde des guerrières antiques renouvelé par l’histoire récente de la femme.

—Gilles Pellerin

———

Tirésia

Le monde est en guerre. Il est scindé en deux. Je ne sais trop depuis combien de siècles perdure l’affrontement entre le clan des hommes et celui des femmes. Je ne me souviens presque plus du commencement de la fin.
C’est pour repousser la fin que je fais l’inventaire de notre mémoire.

Je répète à Morphale que la terre serait à l’origine du conflit. Les femmes ont trouvé le moyen de créer des êtres, déjà femmes, déjà adultes, à partir de boue, d’épices, d’écorces, de végétaux, de fruits, et à l’aide d’incantations. Ces mixtures donnent à chaque fois, sauf erreur fâcheuse, une guerrière prête à manier les armes et à combattre, pour la préservation de notre clan, contre les hommes. Les ennemis doivent capturer l’une des nôtres pour perpétuer leur race, ils ont encore besoin du corps féminin pour procréer, n’ayant pas saisi les subtilités du sol. Les femmes luttent pour régner seules sur cette terre.

Je ne sais plus quoi penser. Je pressens, et je ne suis pas seule dans ce je, que la guerre opposant les deux clans va s’éteindre avec nous, bientôt. Le sol, du jour au lendemain, est devenu stérile, nous ne pouvons plus utiliser la vase afin de créer d’autres femmes. Notre survie, un pur calvaire de vase, notre calvase.

Attendre la fin, c’est un peu la vivre. Mon esprit n’est plus que vapeur, miettes et poudre à canon.

Qu’avons-nous fait pour en arriver là ?

Line

Quelque chose rendait irréelle la réalité que nous traversions ensemble. Quand Line revenait de son poste de garde, peu après minuit, elle passait à côté du fleuve sans le regarder. D’un pas lourd, elle longeait la cabane sur pilotis de Barika, Nanny et Satellie. Son regard vide cheminait sur la route, notre terrain vague sableux, pendant qu’elle dépassait les campements des divers régiments, puis passait le pas de sa porte grinçante. Suspendait de mains lasses ses deux fusils et son arbalète au crochet de l’entrée. Enlevait d’abord ses bas sales qu’elle déposait dans l’un des deux récipients. Se lavait les pieds dans le second. S’asseyait sur sa chaise de bois rond, qui soupirait sous son poids en même temps qu’elle. Ainsi placée, à côté de sa paillasse, les pieds dans l’eau encore tiédasse, elle faisait face au mur brun, celui qu’elle partageait avec Emrala et Yovnie. Emrala était de la garde de nuit. Seule Yovnie dormait à poings fermés, comme à son habitude, sur le dos, les mains croisées sur sa forte poitrine.

Line se retrouvait devant ce mur tous les soirs, dans cette position, depuis une éternité semblait-il. Elle le fixait longuement, chaque soir, ce même point, les yeux rivés au même endroit. Même qu’on aurait pu penser que les planches seraient creusées à cette place précise, mais non… Après un bon moment, les membres engourdis, elle se levait, tâchait de toucher le mur. Il reculait. Elle avançait ses doigts usés vers lui. Il reculait. Elle faisait quelques pas en avant. Il reculait. D’autres pas. Il reculait. Elle tendait ses mains vers l’avant. Il reculait. Elle se figeait. Inatteignable. Et c’était comme cela toutes les nuits.

Résignée, elle retournait s’asseoir sur sa chaise. Line fixait leur mur. Jusqu’au signal connu de ses paupières lourdes comme pierres, lui rappelant qu’il était temps d’aller sombrer dans le sommeil. Poussée à son extrême limite, elle se couchait alors sur son grabat. Puis fermait ses yeux épuisés devant la nuit.

Apo

Il y a de cela fort longtemps, quand les idoles furent sacrifiées, les statues tombèrent avec fracas. Dans un cirque médiatique grandiose, tous les pays s’arrachèrent à gros prix les images télévisuelles et journalistiques de la chute postcapitaliste. Les génocides abominables, les rébellions et les guerres sans nom eurent raison de l’Empire du béton et de ses géants, ses affres intestines l’attaquèrent de l’intérieur, telle la pyrite

Plus tard vinrent les mères fondatrices. Et notre création collective se fit dans le sang et la magie. Rien de nouveau sous le soleil. L’existence est fondamentalement sale.

Parmi ces innombrables images, le clan se souvient d’Apo, tremblotante sur un petit monticule. Au-dessus des nids de marmottes, elle tenait tant bien que mal sur son talus de terre. Une caméra pointée sur elle, comme une carabine chargée prête à déverser son plomb, Apo était seule à l’écran. Elle tombait de bas, la dernière vedette d’une émission de téléréalité appelée sobrement Concentration.

Un jour, en matinée, elle perdit sa jambe droite dans un soupir. Elle trébucha sur la parcelle de terre qui lui était assignée. Crac. Un vent invisible balaya une partie d’elle au loin. Sur une jambe, elle poursuivit son attente. La femme imaginait qu’il devait être merveilleux de sortir de l’espace où elle était contrainte, de pouvoir communiquer avec autrui, faire entendre sa voix. Le lundi suivant, on dit qu’elle regarda l’appareil, émit un gémissement, une sorte de plainte, et que son autre jambe se désintégra sous son poids. Les yeux hagards, elle fixait l’horizon qui la narguait. Lui, omniscient, partout à la fois, alors qu’elle se contentait de son morceau de terre glissant. Entre elle et lui, la caméra, la machine obligée. Des papillons de nuit virevoltaient autour de son tronc. Elle essayait d’en attraper au vol, mais peine perdue. Elle regardait ses bras, membres inutiles qui l’empêchaient de s’éloigner du sol, du talus maudit.

Après plusieurs années, elle sortit de sa torpeur et sa gorge relâcha un mot, son propre nom, Apo… Son bras droit s’égraina comme un sablier, lentement, tout en douceur, sous ses yeux impuissants. Les ténèbres avançaient vers elle à pas de loup, mais l’horizon était toujours aussi loin. On dit qu’elle fixait le paysage, derrière la machine, ce lieu où le sol épouse les limites du ciel. Cette vue suffisait à la maintenir debout. Elle attendait un miracle.

Plus la disparition frappait Apo, plus les cotes d’écoute augmentaient.

On n’avait jamais rien vu de pareil, un phénomène télévisuel sans précédent.

Ce qui restait de cette femme, un casse-tête aux fragments infinis, impossibles à rapiécer, que le vent et les satellites avaient dispersés aux sept coins des Amériques. Des bêtes du monde entier se délectaient des images qu’elles recevaient, bavant de contentement, se félicitant de ne pas être à la place de cet amas de chairs pétrifié.
Apo espérait être la prisonnière d’un corps autre que le sien, dont elle ne ressentait pas la présence, mais qui serait à même de contenir les restes de son propre corps pour en faire quelque chose de plein, de beau, de grand, de lointain. Comme le vent qui souffle en tempête et fouette les visages.

Elle sentit la secousse comme le vrombissement d’un torrent, ou d’un fleuve. Tout allait s’engloutir, enfin. Apo glissa sur elle-même et s’émietta avec fracas.

Le multiple dans l’un.

Le tout dans le rien.

L’écran devint blanc, et sans issue.

Plus tard vinrent les mères fondatrices, et leur engeance vengeresse.

—Extrait de Les Amazones de Josée Marcotte, L’instant même 2012

—————————————–

Josée Marcotte est née en 1980 à Saint-Raymond, dans le comté de Portneuf. Elle a complété un mémoire de maîtrise en études littéraires sur l’œuvre de Chevillard à l’Université Laval (2010) avant de publier Marge, chez Publie.net. Son deuxième ouvrage, La petite Apocalypse illustrée, est paru chez le même éditeur en janvier 2012. Son troisième livre, Les Amazones, un roman qui revisite le mythe, paraîtra aux éditions de L’instant même en août 2012.

Voici quelques liens concernant surtout ses publications numériques  :
http://www.babelio.com/auteur/Josee-Marcotte/96217
http://actualitte.com/blog/uneautrerentreelitteraire/2011/09/a-la-decouverte-des-auteurs-publie-net-josee-marcotte/

Jul 182012
 

 Quebec author and publsher, Gilles Pellerin

 “Je vous présente Véronique” is a sly, comic, bitter very short story that twists and twists. The narrator and his wife arrive at a party separately. She is talking to someone else who introduces her to her husband without knowing their connection. The wife and husband play the game of strangers. Maybe they play too well. Maybe we shouldn’t play such games.

This is just one little story in a new selection by my old friend Gilles Pellerin, author, critic and publisher at Les Éditions l’instant même. See his twitter stories published earlier this year on, Le lit de Procruste.

dg

§

Brouillés

Du moment qu’ils se sont brouillés, ils se sont mis à me téléphoner sans arrêt. Avec la même demande : « As-tu vu l’autre ? » – le prénom même était proscrit –, est-ce que je lui avais parlé ? Au début, je répondais non. « Je suis très occupé, pour ainsi dire jamais à la maison. » Je ne me suis jamais résolu à me procurer un téléphone portatif, me contenant d’une ligne sèche à la maison. Au bureau on ne doit sous aucun motif autre que professionnel me passer un coup de fil, la chose est universellement connue. Je ne Je raccrocherais immédiatement au nez de qui ferait entorse à ce principe, voulût-on m’annoncer le début de la Troisième Guerre mondiale. Je me suis inventé une vie trépidante : « La saison théâtrale est grandiose, je sors beaucoup, rentre tard et me couche aussitôt. – Seul ? – Évidemment. » Sur ce point, je ne mentais pas : aussi seul que le pronom personnel je. Ce qui serait à inventer chez moi, c’est des amis, une histoire d’amour, une histoire, une simple histoire.

Or, c’était la Troisième Guerre mondiale : les deux belligérants avaient choisi d’étendre leur querelle à l’ensemble de leurs relations et de constituer chacun ses alliances. La ligne de front s’était vite étendue à tout l’univers connu. Un peu plus et je demandais s’il ne conviendrait pas aux uns et aux autres de porter des couleurs distinctes afin que chacun se reconnaisse et sache à cent mètres d’avis s’il fallait sourire ou tourner les talons quand on rencontrait quelqu’un de leurs connaissances.

À la longue, je me suis rendu compte que leur inimitié me minait : appels et rencontres ne portaient que sur les torts et les défauts de l’autre. Il est plus facile de combattre que de tenter de faire la paix, semble-t-il. J’en ai appris au-delà de ce qui est raisonnable, j’avais droit à des largesses qui me faisaient l’effet de pots-de-vin. J’ai vriament multiplié mes soirées au théâtre et au concert car alors personne ne pouvait me joindre ni au téléphone ni à la maison. Comme j’étais leur seul ami commun, je me suis retrouvé seul dans le no man’s land et suis devenu suspect aux yeux des membres des deux saintes alliances, dont je me trouvais exclu. Pour m’en sortir, j’ai commencé à inventer des obligeances discrètes que l’un aurait manifestées à l’égard de l’autre, de timides appels de phares dont j’aurais été témoin et qu’il me semblait indispensable de transmettre au bénéfice de la paix à retrouver. Je n’ai jamais eu d’imagination : ce que je racontais était crédible, avait l’air réel. Je n’avais qu’à doser ces soi-disant confidences sur le mode du crescendo, à prêter à l’absent ce que j’avais moi-même le goût de dire (que notre ancienne amitié, notre amitié historique m’était chère) : ce n’était plus mes amis que j’avais devant moi, leur querelle avait vicié notre propre relation, je voulais que tout redevienne comme avant et j’ai tout mis sur le compte de l’autre, de son désir inavoué mais profond de tout effacer de cette brouille, de tout recommencer. Je tenais une histoire, pas la mienne, certes, mais une belle histoire de réconciliation dont nous bénéficierions tous. C’est en inventant que je m’en sortirais, que le téléphone se tairait enfin, que nous retrouverions nos soupers d’autrefois au-dessus d’un saumon grillé, au son des toasts et des rires.

Pour m’en sortir, je m’en suis sorti : le téléphone ne sonne plus, les réseaux se sont réconciliés, en me voyant chacun tourne les talons. Blâmes, travers, vilenies, petitesses, on a tout enterré, et moi avec, qui ai tout entendu.

 

Je vous présente Véronique

J’ai apprécié ce que j’ai d’abord attribué à l’humour : on me présentait Véronique – ma propre femme. J’allais établir l’équation entre elle et moi, en essayant d’être le plus diplomate possible, de ne pas faire sentir au type l’incongruité de sa démarche – j’ai horreur, en société, de sentir mes interlocuteurs mal à l’aise, encore plus si j’y suis pour quelque chose. Véro est parfois coquine : elle jouait le jeu. J’ai décidé d’en faire autant, mais avec moins de talent qu’elle, je dois l’avouer, à tel point que de-ci de-là au cours du cocktail, j’ai eu peur de la trahir par un signe de familiarité à son endroit. Je me suis évidemment abstenu de la toucher, ce qui n’était pas le cas de l’autre, encore moins l’embrasser : agirait-on ainsi avec celle qui était encore une inconnue quelques minutes auparavant ? Ce serait d’autant plus déplacé que personne ne me connaissait ni n’avait retenu mes nom et prénom quand j’avais salué les uns et les autres, oubli que je leur rendais bien, d’ailleurs.

L’embrasser, le désir m’en était cependant venu – j’utilise « désir » dans son acception forte –, ce qui m’a troublé : Véronique devenait-elle plus désirable du fait que la situation me la rendait étrangère ? Tantôt, elle était à côté de moi, tantôt elle disparaissait dans la foule, ainsi que dans les rêves la femme convoitée sait se défiler.

Les scénarios, même quand ils surgissent à l’improviste, finissent par se conclure : du coin de l’œil j’ai vu Véronique quitter la salle, saluer les uns et les autres, puis s’engager sur le trottoir en direction de l’auto – notre auto. Elle était venue en voiture de la maison, et moi à pied du travail, comme nous en avions convenu. Le bureau est à deux pas, ce qui au reste me permettait de partir un peu plus tard et de régler dans le calme le dossier qui m’avait occupé depuis quelques jours.

J’ai hâté le pas afin de la rejoindre – je pensais la prendre par le bras, la vouvoyer, lui demander si elle voyait quelque inconvénient à ce que je fasse un bout de chemin avec elle, avant d’y aller avec une proposition plus conséquente – vous êtes libre ce soir ? vous viendriez manger un morceau avec moi ? je connais un bistro plutôt sympathique, avec un éclairage tamisé tout ce qu’il y a de plus chouette. Tamisée, ma voix l’aurait été, mais Véronique s’est retournée brusquement, visage fermé, hostile, « maudit collant », tout de suite le téléphone cellulaire à la main, prête à composer le 9-1-1 qui donne accès à la centrale de police, l’endroit tout indiqué pour appeler à l’aide quand une femme est suivie par un importun qui s’approche d’elle à grands pas, dans le but évident de l’accoster.

 

Page blanche

Je voulais écrire des histoires sur les trains. J’ai acheté un carnet ligné à belle et forte reliure et un assortiment de stylos à encre bleue, plus un à l’encre noire pour les corrections et retouches, que j’espérais mineures tout de même. J’ai attendu que vienne la prose robuste dont je me sentais capable.

Rien. Ni prose ni histoire. Je vis dans une ville oubliée par le chemin de fer à l’époque où l’on en construisait. Qu’à cela ne tienne, j’ai déménagé, me suis installé près d’une gare, d’un Café de la gare comme il y en a cent, mille. J’y allais, carnet et stylo bleu à la main, prêt à capter l’impression brute – il serait toujours temps de faire des retouches, une fois de retour dans la quiétude de la maison. Je buvais lentement, aussi lentement l’autorisait la patience du personnel devant un client aussi parcimonieux. Rien.

J’ai pris l’habitude de prendre le train, d’aller dans la grande ville, observant les voyageurs, attentif au paysage qui défile plus ou moins vite de l’autre côté de la fenêtre. Chez nous le paysage varie peu, surtout que la grande ville est entourée par une plaine interminable, plantée de maïs à perte de vue. Les passagers : pour la moitié ils somnolent ou dorment, les autres racontent au téléphone qu’ils sont dans un train sans savoir où ils sont rendus ni à quelle heure ils vont arriver, certains sont rivés à leur ordi (film, jeu vidéo, film), quelques-uns lisent. Aucune phrase qui vienne à leur propos, surtout les lecteurs – y a-t-il quelque chose de moins littéraire, de plus plat ?

Pourtant je ne voyage pas en vain, attiré par la possibilité de tirer parti des dialogues muets des amoureux. Et là, lumineuse, l’idée : il faudrait épier (c’est déjà un pas plus loin que l’observation passive) ce qui se passe dans les wagons-lits, surprendre les secrets d’alcôve. Exécution : je me suis engagé à la compagnie de chemin de fer, j’arpente les voitures, de nuit ou de jour, au gré de mes quarts de travail. Je poinçonne les billets, les place sous la bande métallique qui court sur le porte-bagages au-dessus des banquettes afin de savoir qui descend où et de réveiller, le cas échéant, le voyageur assoupi.

Hier un passager a passé tout son temps à écrire dans un carnet vert bouteille, les yeux perdus dans le vague. De temps en temps, il refermait le cahier, pour le rouvrir aussitôt, saisi par l’inspiration, esclave heureux obéissant à la voix impérative des pages encore blanches. C’est décidé, demain j’achète un beau carnet vert bouteille comme le sien, à forte reliure, ainsi qu’un crayon bleu. Le noir me paraît désormais superflu.

 

Les drames de l’automne

Il y avait des champs de blé d’Inde près de la maison où j’ai grandi. Et des boisés plongeant vers la rivière, de part et d’autre de la Saint-Maurice. Des amis, nés ailleurs, prétendent que c’est une région faite pour l’automne. Papa, mauricien depuis quatre générations, ne disait rien à ce propos : la nature chamoirée avait toujours fait partie de son univers, même avant sa naissance.

Il m’a fallu partir de la Mauricie et atteindre la quarantaine pour éprouver pleinement (mais peut-être la sensation sera-t-elle encore plus forte dans quarante ans ?) le drame de l’automne. La blondeur du maïs que le vent agite alors que le ciel bas est alourdi de nuages gris-bleu me remplit d’une magnifique et tendre terreur. Petit je n’ai jamais vu pareil spectacle, je n’ai jamais été au cœur de cette scène où l’horizon ressemble à un amoncellement d’édredons fripés prêts à ensevelir des pâturages et des champs duveteux – et moi aussi. La forêt n’est pas encore dégarnie, les ombres se mettent à exister individuellement grâce à leurs coloris distincts, même ceux qui semblent ne pas avoir changé de couleur.

La Mauricie était féconde, mais il aura fallu que je n’y vive plus, que je ne sois plus témoin d’un spectacle que sa permanence même soustrayait à mes yeux, fallu que ma vue se détériore pour que la vue me soit donnée. J’avais de meilleurs yeux en ce temps-là, mais il me semble qu’ils n’ont rien perçu de l’enchevêtrement de mélèzes et de bouleaux dans la plée ni du peuple serré des hêtres à La Gabelle. Je sais aussi, depuis la mort de papa, que je regarde pour lui et pour moi. Son silence nourrit mon langage, son silence devient mon langage.

Je vis à Québec. Parfois, dans ma rue même, j’éprouve la sensation de marcher, d’être à Québec, ce qui relève de la banalité, du truisme le plus agréable qui soit et que j’appellerai le présent de l’indicatif. Impression d’arrêter le temps. Je sais où trouver des mélèzes de rue, domestiques, et m’en contenter. Le présent n’a pas toujours existé pour moi ; maintenant je puis dire « éprouver » en toute connaissance de ce que cela tient de la preuve : je lève les yeux sur le panneau qui confirme le nom de la rue. Je redeviens un bref instant l’enfant que j’ai été, en visite à Québec chez le frère de ma mère, sans cesser d’être un homme circulant dans une ville réconfortante. Les arbres au-dessus de nos têtes, les voitures ondoyant sur les faux plats du chemin Sainte-Foy, l’idée même de chemin à deux pas de la maison où je suis à mon tour un père silencieux quant aux choses essentielles de la vie – peut-être appartient-il à chacun de les reconnaître, sans attendre de l’aide de son père ni de qui que ce soit.

Tout cela me revient parfois exactement comme à l’époque où je n’étais qu’un visiteur. Il se jouait ici une partition qui m’était inconnue, les arbres ne viraient pas au jaune et au rouge de la même manière, un épisode moins intense qu’un drame. En contrepartie, je reconnais mes angoisses d’alors, dans la rue, à bicyclette ou à pied, quand me cernait la lumière trop vive de l’été d’une petite ville de banlieue mauricienne, qu’aucun arbre ne venait filtrer dans notre quartier. Des souvenirs de maisons en construction me reviennent. Elles me faisaient peur, y compris la nôtre, toute neuve, craquant de tous ses os par grand froid, et la forêt à deux pas, noire par contraste avant de prendre feu sous l’effet de l’automne, et les champs de blé d’Inde marchant comme des cohortes sous le vent.

J’habite une vieille maison, je retourne dans les rues trop claires de mon enfance pour le plaisir de laisser remonter les malaises muets.

Je comprends que je n’étais pas fait pour être neuf.

 

Il est venu après moi

Il est venu après moi, mais le résultat est le même : elle s’est sentie à l’étroit, puis elle a pris ses distances, ce contre quoi il a protesté, elle a haussé le ton et ils se sont quittés. « Elle a un de ces caractères. » Venant de lui, de sa voix de crapaud dépressif, avec la mimique qui rejette tout le blâme sur Mireille, le constat m’irrite. Un tempérament bouillant, j’en conviens sans mal, mais on ne parle pas ainsi d’une femme, d’une femme qu’on a fréquentée, pas les côtelettes à l’air sous la douche d’un centre sportif, après une séance de conditionnement physique, en présence d’un type, moi, qui sort du court de badminton. Comme s’il ne savait qui je suis, qui j’ai été pour Mireille.

À l’époque j’ai mis un certain temps à comprendre que c’est pour ce type qu’elle m’a largué. Nous traversions une période de reproches mutuels, nos accrochages se multipliaient même si j’avais l’impression de mettre de l’eau dans mon vin comme jamais auparavant. Elle s’est mise à espacer ses invitations et ses visites chez moi, mais je ne renonçais à rien de ce que j’avais échafaudé pour nous deux. Déjà, en temps de paix, Mimi me résistait comme personne ne m’avait résisté, mais cela contribuait à l’affection que je lui portais – c’est le terme édulcoré qui a fini par s’imposer après qu’elle a décrété que j’avais franchi la ligne de non-retour en lui parlant de mon amour pour elle. Reculer devant pareille affaire de sémantique, j’en étais capable – d’où « affection » –, mais il était trop tard : en fait de non-retour, il s’agissait du sien, elle a claqué la porte, « Si j’oublie du linge, tu en feras un sac que je viendrai chercher un de ces quatre ». Tout un tempérament, oui.

Elle partie, j’ai dressé l’inventaire de ses défauts comme de ses traîneries, jeté le voile sur ses irrésistibles qualités, voulu oublier le gouffre des réconciliations dans lequel nous nous abîmions, rescapés de la mort, prêts pour une renaissance qui n’était jamais que le recommencement du cercle de notre perdition perpétuelle. Dans ces conditions, impossible de parler d’amour ni d’affection, mais de passion – je parle pour moi.

Elle n’est pas venue prendre ses vêtements. Je les ai toujours.

• • •

Je commence par traîner sous le jet d’eau chaude, dans l’espoir qu’il se lasse. Quand j’adopte la tactique inverse, le mouvement subit vers le vestiaire, il me suit. Il reprend la conversation, cette question de caractère, mais dans son application intime : « une sacrée gonzesse » – c’est fou ce que le recours à l’argot français donne du relief à la dimension sexuelle : « une bombe, cette nana ». Et « des seins de compétition », tout juste s’il ne me donne pas la pointure du soutien-gorge. Il me parle d’elle comme si lui et moi avions partagé un même bonheur, un même bien. Évidemment, puisque nous avons partagé du « temps commun ». La crainte me vient, une crainte acide et laide, qu’elle lui ait raconté pour elle et moi, au lit je veux dire : les derniers temps, nous avions la chair triste.

Je n’ai jamais noué une cravate aussi prestement, mais je n’arrive pas à le semer pour autant, il se cramponne, en forme, la mine superbe : « En définitive, je t’ai sorti d’impasse, je t’ai débarrassé d’une harpie. Tu m’en dois une, mon vieux. »

 

Des nouvelles

Il n’était pas sitôt assis à table qu’il m’a demandé des nouvelles de Denise, ce qui est assez normal quand on a été marié une dizaine d’années à la sœur de celui chez qui l’on est reçu.

Je ne me suis pas converti aux usages modernes, j’observe la coutume ancienne de tout faire dans la grande pièce servant à la fois de cuisine et de salle à manger, souvenir d’une époque où le salon était tenu fermé, sauf pour les grandes occasions, ce que ne saurait être la visite de celui qui a jadis été mon beau-frère. Andrée, pour qui l’apéro devrait être pris au salon plutôt que dans la pièce où tantôt on mangera, réprouve ce reliquat de paysannerie, surtout quand on habite comme nous un condo. J’avais cependant besoin de compter devant moi sur la solidité de la table pour raconter à Raymond ce qu’il en était de l’état de santé de son ancienne épouse. C’est tout de même la raison pour laquelle je l’avais invité à venir souper – je tiens aussi au vieux terme – à la maison lorsque nous nous étions croisés au centre commercial plus tôt ce samedi-là : de toute évidence il n’était au courant de rien. Denise et lui ont rompu de façon fracassante, elle est partie vivre à Montréal, loin de lui, loin de tout.

Il m’a été infiniment pénible de faire le récit du cancer qui décharne Denise, comme m’est insupportable la maladie même de ma petite sœur. J’arrive mal à rapporter les événements, je me rends compte que j’ai besoin de les ordonner au nom d’une logique qui me fait défaut : Denise n’a jamais fumé et voilà que les poumons sont atteints, puis tout le reste, jusqu’au cerveau. Une fois, après un traitement de chimio, j’ai cru, voulu croire que ça y était, que la maladie avait rebroussé chemin, qu’elle ne laisserait que le mauvais souvenir d’une tête rasée, que Denise nous revenait. J’ai vite déchanté.

« Combien de temps encore ?

– Quelques semaines, trois mois tout au plus. »

Je me demande s’il la reconnaîtrait. Denise affichait une physionomie de rieuse, ce qu’elle était ; toute rondeur a désormais disparu. Ce jour-là, elle avait trouvé à rigoler des traitements qui avaient mobilisé une équipe complète d’« artilleurs ». De piètres coloristes, à l’en croire, et pires dessinateurs encore. Elle a trouvé le moyen de rire en parlant de son crâne comme d’une œuvre rupestre.

Un temps il m’a semblé que son caractère était assorti à celui de son mari. Lui : bon bougre, parfois naïf d’une naïveté que Denise avait qualifiée de feinte une fois la rupture consommée ; elle : prompte à la colère et tout autant à la réconciliation. Elle lui avait pardonné toutes ses frasques, ses fréquentations peu recommandables, ses lubies pour des entreprises hasardeuses desquelles elle arrivait à l’arracher avant qu’il n’y laisse sa (leur) chemise. Puis, non. Le mur de béton à propos de ce qui ne me semblait pas pire que les autres fois. J’imagine qu’elle avait tracé une frontière que Raymond n’avait pas su respecter. Je ne m’étais jamais tout à fait senti à l’aise en sa présence, mais lui en tenais peu rigueur : un beau-frère peut-il être autre chose qu’une acceptable calamité ? (Le frère d’Andrée est du même avis en ce qui me concerne.)

Le cancer a dénaturé Denise en plus de la rendre méconnaissable. La bête s’emploie à rejeter ma sœur hors du monde en la remplaçant par une fausse Denise, un simulacre. La femme forte n’est plus, celle qui me faisait des blagues au téléphone en se faisant passer pour la préposée d’une société de sondages imbéciles auxquels je me laissais prendre, celle qui amenait ses neveux au cinéma en les cajolant comme les enfants qu’elle n’aurait pas, convaincue qu’elle ne serait pas une bonne mère, la Denise qui se meurt n’a plus la force de rire ni même de regarder la télé.

Je n’ai pas tout rapporté. Il était sans doute inutile de raconter que parfois Denise trouve la force de gueuler contre l’évidente injustice qui la frappe – je ne l’ai vue qu’une fois aussi bouillonnante de colère : quand elle a laissé son médiocre et fourbe mari – à petite queue, hâbleur, brouillon, fourbe, menteur, malpropre, etc.

Raymond ne m’a pas interrompu, il a tout écouté sans broncher. Nous avons soupé en faisant semblant qu’il y avait d’autres sujets de conversation : lui, par exemple. « Que deviens-tu ? – Du pareil au même. » Nous n’en avons pas appris davantage d’un homme que nous n’avions plus vu depuis des années. Je ne me suis pas rendu compte de la vitesse à laquelle défilaient les bouteilles de vin. À la fin de la soirée, il était imprudent, inconvenant de le laisser partir. Quelqu’un à prévenir qu’il coucherait chez nous ? Personne. Il nous a souhaité bonne nuit, s’est couché. Avant d’en faire autant je suis repassé par la crise de larmes qui me perfore régulièrement.

Au matin, je n’étais pas frais. Je prépare le café. L’odeur le tire à son tour du lit. Il n’est pas sitôt assis à table qu’il me demande des nouvelles de Denise.

 — Gilles Pellerin

————————

Depuis 1982, Gilles Pellerin a publié cinq recueils de nouvelles, le plus récent étant ï (i tréma), paru en 2004, dans le prolongement duquel  sera i (i carré). Son travail récent l’a amené du côté de l’essai, conséquence logique de son engagement dans la diversité culturelle et la défense de la langue. Membre de l’Académie des Lettres du Québec et de l’ Ordre des francophones d’Amérique, il a été fait chevalier des Arts et lettres de la République française et reçu le prix du Rayonnement international des lettres de Belgique. Né à Shawinigan, Gilles Pellerin habite Québec depuis près de 40 ans.

Jun 202012
 

Print or pixel? W(h)ither literature? Twitterature? Earlier this month Jennifer Egan wrote/posted/tweeted a new short story, a Twitter story, called “Black Box” at The New Yorker. This coincided with NC’s publication of selections from Tweet rebelle by Jean-Yves Fréchette, who is the co-founder of the Institute for Comparative Twitterature. And the coincidental connexity prompted Bruce Stone to the following provocative meditation on the story, the medium, change, tradition, nostalgia and literature. Artists are always colonizing the new technologies, but when is the result art and when it is gimmick? Or is there a difference? Bruce Stone has previously contributed fiction and nonfiction to these pages. See his amazing essay on Viktor Shklovsky here. (The author photo above is by David Shankbone, courtesy of Wikipedia.)

dg

.

1) “Resist the impulse to ask where you are going.” @NYerFiction 27 May

Late last month, Twitter played host (or midwife) to still another literary labor: Jennifer Egan’s new story, “Black Box,” arrived in the world incrementally, as a sequence of tweets posted over ten days from May 24 to June 2—a project sponsored by The New Yorker. The story is a futuristic spy thriller, of sorts, in which ordinary citizens serve their country by becoming cyborgs and seducing high-profile terrorists to capture data, but the piece was conceived expressly for the Twitter platform, composed not in paragraphs but in tweetable units of fewer than 140 characters. The story then appeared, perhaps redundantly, in print, emparceled in the June 4 Science Fiction issue of the magazine—the preferred interface for those few of us, we antediluvians, who, given a choice, still favor actual over virtual reading.

Perhaps it’s not surprising that the story has left an unusually prominent Web trail, garnering more buzz than typically accompanies the publication of a short story. After all, why not? The Net, among its myriad services—friend, lover, confessor, taskmaster, teacher, torturer, retail outlet—has proven to be a superb bully pulpit, exquisitely calibrated to feather its own nest (let’s not use the word hegemony), and understandably quick to celebrate any further evidence of its utopian, garden-of-earthly-delights potential. Even so, it’s hard not to read this self-serving ripple effect—the publicity engine of the blogosphere—as a kind of challenge, if not an affront, to the very notion of “print literature,” which by comparison seems so twentieth-century. To put this more bluntly, Egan’s story would draw less attention had it not itself been a kind of cyborg, a blend of long-form narrative and short-burst twexting: the medium is the main story here, and this strikes me as an instance of the cart preceding the tired old horse, an ass-backward state of affairs, perhaps, but typical of the Digital Age itself.

Let me say right away that I wholeheartedly support the idea of exploring the artistic potential of digital media. Indeed, I would like nothing better than to see vast swaths of the self-aggrandizing, attention-splintering Twittersphere glutted and radiant with stories like Egan’s, or the Tweet rebelle of Jean-Yves Fréchette (who appeared in NC’s June 4 issue; see also Gilles Pellerin’s Twitter stories in the March 5 issue). But I’m not yet convinced that such multimedia experiments necessarily constitute an aesthetic revolution. Three centuries (at least) of world literature have anticipated, if not preempted, much of what the new media makes available, both formally and philosophically. And I’m not even convinced that such experiments present the most interesting frontier in artistic innovation. Any writer worthy of the title will have to attend to the alien and beautiful language habits fomented by the Web, but adopting the new media itself for distribution is a trickier proposition. I can’t help but feel that there’s a kind of literal-mindedness driving this brand of genre and platform hybridization: it’s an interesting idea that fizzles, I find, upon execution.

The fault might be mine, I suppose: it might be misguided to measure digital-age works by old-school standards—of artistry, of compositional density—that date back at least to Shakespeare. Perhaps digital-media works properly belong to a new category of performance art, and should be assessed by those terms, with that still-evolving vocabulary. But frequently, the Net is cited as the inevitable successor to the outmoded book, as if the two technologies can’t peacefully coexist but must rather fight to the death in some mediational bloodsport concocted by Darwin, Freud and Adam Smith over lunch. As such, it seems that readers and browsers are required to chalk out the battle lines and take sides. More’s the pity.

As stunt, Egan’s work affords an opportunity to reflect on these broad concerns: the future of fiction and the technological state of the art. But it’s as story, perhaps, in the print-lit sense, that Egan’s work speaks most powerfully and palpably to these very same tensions, the vexed core of the media wars: tensions between the old and new; the technological and the organic; the self and the other; the word, the body and the data processor. Perhaps what’s most surprising about Egan’s story is not its qualified success as a long-form narrative, but rather that it does finally take a side and pitch battle: the tale’s cool, lyrical irony reveals a deep skepticism for the very technological apparatus that it presumes to embrace and exploit.

.

2) “Imagining yourself as a dot of light on a screen is oddly reassuring.” @NYerFiction  28 May

Egan’s is a skilled hand, clearly, and the story’s tweet-sized utterances are often lovely—abstract distillations of sensory experiences, the narrator’s observations whittled down to pith and poetry, as in this description of a rocky shoreline: “Spurs and gashes of stone narrate a violence that the earth itself has long forgotten.” Or this little gem: “The universe will seem to hang beneath you in its milky glittering mystery.” As a rule, these communiqués tend toward the procedural style of a user-manual, the plot expressed as a compilation of “Field Instructions” for future spies; the tactic yields a stylishly mannered narrative voice, a tone of calculated objectivity (friable, paper-thin), which still manages to convey nuanced psychological insights, especially regarding the pathology of dangerous men: “The fact that a man has ignored and then insulted you does not mean that he won’t want to fuck you.”

Perhaps the most striking feature of Egan’s story is its handling of dialogue. Instead of the aesthetically stale give-and-take of literary “realism,” the Twitter constraints inspire Egan to strip dialogue from its conversational context and embed the characters’ speech—framed as it were—in larger grammatical units. For example, “’Where did you learn to swim like that?,’ uttered lazily, while supine, with two fingers in your hair, indicates curiosity.” Keenly self-aware, the text kindly lays bare the device, describing its own narrational method: “Always filter your observations and experience through the lens of their didactic value.” In this way, the tone of the story effectively parts company with its sensational content, a move that weirdly neutralizes and amplifies the coarse drama and suspense in the plot. The net result is a loose second-person narration, a voice that charts the unsettling, dizzying, poignant middle ground between “me” and “you.” This is the true novelty of Egan’s tale, a formal innovation that is part and parcel of the story’s thematic concerns.

Despite the fractured format, Egan’s story, read on The New Yorker’s page, feels thoroughly cohesive and complete. She manages to sketch a climactic arc in the plot, manages to texture the chronology with bits of backstory and memory, manages even to evoke a sense of sympathy and sorrow for the protagonist. These facts alone suggest the persistence of some old-school notions of narrative in the piece, which indeed run a bit deeper, evident in the story’s generic frames of reference. While the tenor of the action belongs to the futuristic genre of science fiction, the plot retains traces of an atavistic impulse, drawing on an older storytelling realm: the ancient fairy tale (Look for the template of Beauty and the Beast and you’ll find it, altered but abiding). This merging of genres, too, is a clear sign of Egan’s circumspection, her wary participation in this cyberposh landscape of maximized technological reproducibility.

The story’s title is itself an indicator of this skepticism. The “black box” refers at once to the story’s form—the text boxes typical of tweets (more “box” than “black”), preserved also, in larger bundles, in The New Yorker’s print formatting—and to its content in that the protagonist herself functions like the data recorders on airplanes: “Your physical person is our Black Box; without it, we have no record of what has happened on your mission.” This sentence is to be taken literally, the heroine’s “person” hosting an array of bionic upgrades (voice recorder, camera, homing beacon, car alarm). And in the service of the country, she anonymously sacrifices life and limb, submits twice to something that might be called voluntary rape (or patriotic prostitution, if you prefer); she takes a bullet, and even suffers the displacement of cherished personal memories to accommodate the “Data Surge,” the paydirt-striking culmination of her mission. Later, she will be downloaded like a flash drive to retrieve this information (she has a port between her toes), but on this point, readers remain forever in the dark: we never learn the content of this data, never discover the specifics of the terrorist plot that the protagonist is infiltrating. This is a telling omission: absent a clear objective, the heroine’s s sacrifice appears to be a fool’s errand, reflecting a naïve commitment to a dubious cause. In the literal dehumanization and pointless martyrdom of its protagonist, Egan’s story seems decidedly critical of this speculative future.

Elsewhere, Egan renders this negative verdict explicitly, in a series of self-reflexive tweets that link the plight of her protagonist to the project of the Information Age: “In the new heroism, the goal is to renounce the American fixation with being seen and recognized. … In the new heroism, the goal is to transcend individual life, with its pains and loves, in favor of the dazzling collective.” This brand of heroism is not just self-effacing, but self-extinguishing: it’s impossible not to read these lines as a comment on the work of Wikipedians, with their do-it-for-free humility and fractious-fanboy know-it-all-ism. When Egan writes, “Technology has afforded ordinary people a chance to glow in the cosmos of human achievement,” she nods at the democratizing promise of the new age, but the irony here is withering, the sentiment steeped in hypocrisy: her story everywhere reveals that promise to be empty, dystopian, hostile to the very notion of the individual human life.

This critique of the new world order feels a bit dated, reflective, yes, of those Wikipedia debates circa 2006, but also harking back to the nightmare visions of Bradbury, Orwell, Rand and Zamyatin. The Web gives us cause to fear the hive-mind, certainly, but over time, it has proven to be an equally adept at engendering narcissism. Et in Hyperspace ego, to bend an old phrase: while the Net breeds anonymity and erodes personality, it steadily nourishes the hedonistic I. Which is to say, wherever we go, we can’t escape the burden of our humanity. That Egan’s story seems to flatten out the paradox isn’t much of a complaint, aesthetically; her adoption of the Twitter platform does add another ratchet twist to the irony, which begins to leaven, artfully, the social commentary. But to my mind, the message speaks louder than the medium here, and in any case, bracketing the technological pessimism in “Black Box” is worthwhile because it affords an opportunity to test the merit of that vision and to correct for its artistic distortions. My sense is that, in and of itself, the Net likely can’t and won’t dictate the shape of the future, whether utopian or dystopian. Whatever problems we have, it might aggravate some and resolve others, but mainly its function will be one of paraphrase; it conscientiously preserves the paradoxes that define us, translates into an electronic idiom the ongoing crisis of who we are.

It would be pleasant and agreeable to end here, with the perhaps predictable conclusion that the Web is less friend or foe than mirror, unlikely to accelerate the devolution of our species. But regrettably, market forces are at play, and whether we like it or not, they force another alarmist question: if the Web doesn’t have designs on our bodies, does it pose a legitimate threat to our books?

In the first pages of On Literature (2002), a book commissioned by Routledge (if I’m not mistaken), J. Hillis Miller makes exactly this prediction: that digital media spell the end of print, leaving literature as a cultural practice to survive in new modes. It’s hard to know how seriously to take this kind of forecast, hard to tell if Chicken Little is a sage or vice versa. Harvard’s Robert Darnton, in The Case for Books (2009), suggests that new technologies might well help to sustain the print industry (at one point, he envisions a book press that works like an ATM). My intuition tells me that reports of the demise of print might be exaggerated, but then again, the forces of consumer capitalism, after years of cascading systemic failures, are capable of anything: the ridiculous can very quickly become commonplace in these times (do the math for yourselves here). So yes, I think we should ask with some urgency what Egan’s experiment tells us about the technological future of long-form fiction, and the viability of online platforms for its distribution. Essentially, we find ourselves hectored by a consumer’s choice, which is always a mug’s game: in what way do we choose to make a story like Egan’s profitable? As an art object on Twitter? In The New Yorker’s print edition, or can this relic be safely phased out to make way for the magazine’s online edition? How will you read Egan’s story, if you choose to read it at all, and what’s at stake in the choice? On these practical points, the lessons of “Black Box” are equivocal.

.

3. “A single lighted structure stands out strongly on a deserted coastline.” @NYerFiction 28 May

Obviously, Egan isn’t the first writer to attempt a multimedia stunt like “Black Box.” (The fad for cell-phone novels in Japan comes to mind.) A bit further back, in 2006, Walter Kirn also tested the publication possibilities of the Web with his novel The Unbinding, which he wrote and released on Slate in something approximating real time. Throughout the distribution process (the uploading of fresh installments), Kirn invited and in some cases integrated reader’s suggestions with regard to plot and character. Like Egan’s story, Kirn’s not-very-good novel was subsequently bound and sold in print, which itself suggests that the Web isn’t entirely amenable to long-form narratives, at least not in a self-sufficient or profit-maximizing way. In this light, the Web seems like an elaborate, ever-streaming publicity arm of the beleaguered print industry.

The blogroll on Egan’s story also suggests that the Twitter release was in some ways anticlimactic. One writer attempts to celebrate the interactivity afforded by Twitter, yet the respondent tweets that he cites are 1) trivial and 2) limited to the story’s overture movement, as if no one had stuck around for the end (or perhaps felt bullied into silence by Egan’s skill). Another notes the difficulty of sustaining her attention while being inundated with unrelated tweets. (Why do I envision these as farts in a bathtub, rising toward noxious articulation?—Perhaps because I have a five-year-old son.) A third writer, the most inspired, adopts Egan’s own method and renders his commentary in tweet-sized increments: even so, he measures the story by print-lit standards and complains, perhaps rightly, of its tendency toward abstraction.

Clearly, Egan’s experiment points up some of the virtues of unplugged writing and reading, but it also suggests—eerily—that, between books and the Web, there’s really no choice to be made at all. Her story triggers some pause-giving thoughts about the very practice of literary reading.

In times of crisis—to submit, for example, to the sexual appetites of her target—Egan’s protagonist practices the “Dissociation Technique,” the willing of an out of body transit, a moment of Zen-like detachment that insulates her from the cruel facts of suffering and violation. The technique reads like an exercise in auto-hypnosis: “Close your eyes and slowly count backward from ten.” Such passages are poignant and powerful enough in context, but they become even more resonant when we consider that the entire narrational method of the piece—its equivocal second-person perspective, this compilation of impersonal Field Instructions—is another kind of dissociative technique, likewise dampening and deflecting the immediacy and intimacy of human experience. In this regard, Egan’s narration captures the distanciation that is typically associated with virtual reality—that anesthetic world of Facebook friendships, Twitter feeds and Web-chat intimacies, odorless simulacrum of experience. If you’re a Net skeptic, the lives that we record and in some fashion live online likewise entail a kind of existential dissociation, and from these anxieties, Egan forges a literary style.

At this point, deconstructionists would gently remind us of the self-alienating effect of language itself—which black-boxes in all of us in advance, no technology required: the longing for cohesion, integrity, organic wholeness, is nothing but a pipe dream anyway. Point taken. But rather than traverse that bridge too far, I’m seizing on a different question: what are we to do with the fact that Egan’s Dissociation Technique, and its correspondent vision of a monstrously vitiated human condition, evokes, just as pointedly, the very act of reading? The induction of this hypnotic experience of alterity, this election to abandon the body and live at a little distance from oneself: what is this if not a description of the phenomenology of reading? In Egan’s story, the same maneuver that signals the dehumanizing bent of technological progress turns out to typify the cozy practice of reading fiction. The critique, it seems, cuts both ways, reading figured as maybe just another platform for objectification (along with everything else, the heroine does read blithely on the beach). In this light, Egan’s story cautions us from leaping too rashly or separating too neatly between media technologies.

It might be disappointing that, on this fundamental matter—the defense of literature, even print literature, as such—Egan’s text balks, just peers impassively down the barrel of self-erasure. Her stunt begs the question—can Twitter (the Web’s metonym) harbor literary fiction (wholeness, of a sort)? The story’s answer: literary fiction has already been harboring Twitter (disintegration). From a practical perspective (not an artistic one), it might be reassuring if Egan were to confirm our suspicions: that the Net is our black box now, a record of everything that catches the value of nothing, a triumph and a travesty of human individuality and agency, a tool that everyone can applaud (where else is it possible to dilate in this fashion on a recently published short story?), but an interface that only a mother could love. Against this Hydra-headed, Medusa-haired marvel, the homely book would appear to offer a silver bullet, supply a ready antidote. Maybe this dichotomy would be too easy. By Egan’s pen (keyboard? iPhone?), it wouldn’t be true. Instead, her story quietly suggests that literature isn’t necessarily innocent in our undoing: there’s no safe haven, no welcoming pre-digital past to return to.

It’s a bleak vision, maybe, but for book lovers, all’s not necessarily lost. That the story is so rich in style and theme itself testifies, for anyone who needs it, to the enduring value of long-form fiction and perhaps speaks, as well, to the value of its immersive reception in print (the heroine does, after all, read blithely on the beach). Maybe in the long view, Egan’s experiment gives cause for optimism, suggesting that there is hope yet for a future in which the relation between print and Net is dialectical, rather than murderous: a future in which we can still choose to read, not browse, literary works that merit study, compel rereading, works that aspire to a cultural condition of object permanence.

Some have worried that a Net-brokered future might preclude the very production of such works: that the Web and its platforms are coercive, warping human cognition, and that the Digital Age promises to engender, at worst, an intellectual anorexia or, at best, an art of collaboration, a cult of ephemerality. There is a poignant beauty in the latter vision: it reminds me of those Buddhists who construct elaborate mandalas of colored sand, investing hours of painstaking labor solely to bid the elements to wipe away every trace of the composition. There’s a beauty here, yes, where Wikipedians link arms with the Dalai Lama. But literary texts confront the problem of mortality from the other angle, not conceding and courting oblivion, but contesting time and giving transience the finger. (I think of Quentin Compson, in colloquy with his dad who is lecturing him on the transitory nature of his feelings: his stream-of-consciousness refrain, “and i temporary,” begs both question mark and exclamation point.) There’s a beauty here too, and because the Web seems ever more likely to exacerbate, rather than eradicate, the pursuit of singular immortality, the material forces of production and the market forces of human need might well conspire to ensure print literature’s survival. It’s likely that digital media will assimilate most disposable communications and profit from them to their algorithmic content, but it’s possible too that the urge to write and read—under these slower, comparatively tactile print-media conditions—is hardwired into us. Just as tweets aren’t likely to replace tombstones, or porn to obviate sex, books might well prove necessary for us, ineradicable.

Ultimately, I like to think that “Black Box,” as both stunt and story, comes down on this side of the debate; it reminds readers of the power and purpose of literature as we’ve known it, while pointing skeptically to what might become of it and us—perhaps not the most scintillating work of art, but an enjoyable and edifying experiment, on the whole. I like to think that, between the print past and a digital future, Egan’s story confronts us with a choice to be made in the present, one that allows for a thousand compromises and equivocations, but remains important nonetheless. Then again, it’s hard to be sure. As her protagonist reminds herself, and instructs us, to cling to her/our pre-cybernetic persona, she notes, “You will reflect on the fact that you had stopped being that person even before leaving.” It’s hard not to sense something irrevocable here, as if the die has already been cast, the heroine’s irrecoverable self perhaps a teasing analogue of the printed book. The question seems to linger: is “Black Box” a cautionary tale or memento mori? Time, and taste, will tell.

— Bruce Stone

.

Bruce Stone

Bruce Stone is a Wisconsin native and graduate of Vermont College of Fine Arts (MFA, 2002). In 2004, he served as the contributing editor for a good book on DG’s fiction, The Art of Desire (Oberon Press). His essays have appeared in Miranda, Nabokov Studies, Review of Contemporary Fiction and Salon.  His fiction has appeared most recently in Straylight and Numéro Cinq. You can hear him talk about fiction writing here: http://straylightmag.com/?p=1781. He’s currently teaching writing at UCLA.

.
.

Mar 052012
 

In 1988 I was invited by the Soviet Writers Union to do a little tour (Moscow, Tbilisi, Kiev, St Petersburg). My traveling companion, whom I did not meet till we arrived in Moscow, was a charming French-Canadian writer, journalist and publisher named Gilles Pellerin. We were a pair. He had learned a thousand words in Russian, I had learned none (the eternal naif). He wore a very cool black leather jacket; I was dressing preppy in those days (inward shudder). We were provided with cars and drivers and French and English translators. We wandered around the place meeting writers and publishers, going to parties, eating at banquets, tired out, confused, alert and alive. It was in fact a wonderful adventure, a brief glimpse of a culture that was changing, on the cusp. Gilles and I became friends. Thrown together like that–you never know. But we’ve stayed friends. His wonderful publishing house Les Éditions l’instant même printed the French translations of my novel The Life and Times of Captain and my short story collection A Guide to Animal Behaviour.

Here now we have a handful of twitter stories and a longer story (still pretty short) written by Gilles Pellerin. I am publishing them in French without a translation, a first for Numéro Cinq. Time to publish in another language, beauteous and unto itself. Translations are wonderful, but they tend to make us forget the flavour and intelligence of the original. Translation also elides difference. There is always a barrier between people who speak different languages, and the only way to break down that barrier is, well, to break it down. And so, in French, we have Gilles’ slyly erotic wordplay, for example, in “Sa langue au chat” which would not work in English, I think. Or not as well. And his comically peremptory last words — “We only die once and I want to make the most of it.” — in “En peine.” Lovely little stories.

dg

§

 

R. S. V. P.

Le téléphone, je décroche, c’était tellement chou ta soirée, il me remercie au nom de toute la bande, décline gaiement les noms. Or je n’ai invité ni reçu qui que ce soit.

 

Retour de balancier

Enfant, j’ai tardé à comprendre que les parents préféraient les enfants matinaux. Adolescent, j’ai tiré grand parti de mes grasses matinées.

 

Toute frénésie vient à son heure

On sonne, je sors de la douche, dégoulinant, « J’arrive… », l’autre est déjà là, sort du frigo une bière qu’il boit sec au goulot. Je sèche.

 

Sa langue au chat

Elle donne sa langue au chat, ce qui m’arrange : je fais le chat. J’ai des idées d’enroulement, elle ferme les yeux. Le bonheur est mouillé.

 

Le lit de Procuste

Le dénommé Procuste m’a couché sans ménagement sur un lit. Mais il m’a tout de suite relâché, contrarié : j’étais l’homme moyen en personne.

 

Vous n’auriez pas dû

Un linge à vaisselle à mon anniversaire, vraiment c’est trop. Ce qui me touche le plus : que vous vous soyez mis en groupe pour me l’offrir.

 

En peine

On ne meurt qu’une fois et j’entends en profiter au max. Je les laisse larmoyer, sangloter, pleurer et se moucher au-dessus du lit. Quand ils me croient passé de l’autre bord, ils s’en remettent aux formules d’usage, « C’est toujours les meilleurs qui partent en premier », « Considérant son état de santé, c’était la meilleure chose qui puisse lui arriver », mais je ne suis pas tout à fait mort, j’ouvre les yeux avec l’air de dire « coucou ! » Si ça pouvait les faire rigoler. Mais non, c’est reparti pour les larmes, sanglots, etc.

Je retiens mon âme autant que je le peux, tout dépend maintenant d’elle, je serre les dents, me bloque l’épiglotte, je la sens qui cherche un autre orifice, ça non, je ferme tout. N’empêche, j’en échappe des bouts, en entend des bruits, le petit de Lise est pris de fou rire. Quand ton heure sera venue, petit, tu découvriras comme pépé que les âmes secondaires s’évadent. Seulement, j’ignorais qu’il y en eût autant, les derniers espoirs, les doléances insatisfaites, les souvenirs, la prudence excessive qui a réglé ma vie, ma foi en l’humain, si bien qu’à la fin il ne me reste plus que l’âme principale, l’âme en peine. Ça ne vaut plus la peine, je lâche pr

—Gilles Pellerin

——————————————————-

Depuis 1982, Gilles Pellerin a publié cinq recueils de nouvelles, le plus récent étant ï (i tréma), paru en 2004, dans le prolongement duquel  sera i (i carré). Son travail récent l’a amené du côté de l’essai, conséquence logique de son engagement dans la diversité culturelle et la défense de la langue. Membre de l’Académie des Lettres du Québec et de l’ Ordre des francophones d’Amérique, il a été fait chevalier des Arts et lettres de la République française et reçu le prix du Rayonnement international des lettres de Belgique. Né à Shawinigan, Gilles Pellerin habite Québec depuis près de 40 ans.