Jun 102012
 

Jean-Yves Fréchette is the co-founder of the The Institute for Comparative Twitterature (l’Institut de twittérature comparée). The institute’s manifesto begins: “La twittérature est à la rature, ce que le gazouillis est au chant du coq. Les uns vantent l’alexandrin, d’autres jouent du marteau-piqueur.” You can begin to unpack this if you remember that Roland Barthes once said, “La littérature, c’est la rature.” Which is a homophone and a pun. La rature means deletion. Literature is deletion. Think that over.

Fréchette has spent most of his writing career making word objects including organizing Quebec farmers to plow words into their fields so they can be read from airplanes and unscrolling a lengthy text from the back of a truck driving from Maine to Quebec. He spans some intermediate territory between writing and fine art; call it concrete poetry or conceptual art, the wit, passion and intellectual engagement are the same. Lately he has turned his hand to writing tweets culminating in his collection Tweet rebelle (2011, L’instant même) from which the following selection is taken.

I like the third one the best, which in my translation comes out something like “The dreamer reaches beyond the limits of his night body. To shatter the window pane of his insomnias and fall asleep, finally, with his eyes wide open.” (I didn’t count the characters, so it’s an approximation.)

Fréchette’s real Twitter address is @JYFrechette.

dg

§

1. Tous les faits de discours tiennent dans une seule bouche ? Si ! Tous les motifs de silence aussi ? Bien sûr ! Alors d’où vient le vacarme ?

2. Sa maîtrise du plaisir était étonnante. Jetant son cartable et ses constellations, il s’effarouchait dans les teintes diffuses du demi-jour.

3. Le rêveur aime franchir les limites du corps nocturne. Pour fracasser la vitrine de ses insomnies et somnoler enfin les yeux grands ouverts.

4. Tu ne crois pas aux miracles. Tu ne crois à rien. Tu ne crois même pas que le fracas des tessons puisse tenir de la fête et non de l’émeute.

5. Ce que je ne peux pas résoudre le jour par la réflexion, je le confie au rêve. Il me suffit d’attendre la nuit pour que sombrent mes ennuis.

6. Quand la froidure frissonne, c’est qu’il fait frette. Et quand le friselis frimasse dans la fraîcheur du froid, le frimas se fige en frasil.

7. Le jour aura raison de tout. Il finira par revenir avec son groove gris de lumière. Ses cris d’oiseaux grives et la marche sereine du givre.

8. Écoutez ! Personne ne devrait tenter pétrir le silence en mon absence. Attendez qu’on s’y prenne à plusieurs. Le cri n’en sera que plus cru.

9. Avant l’invention de l’espace, le temps n’existait pas. Maintenant qu’il est là, c’est l’éternité qui protège la fragile seconde de l’oubli.

10. L’abîme au fond de l’œil est plus qu’une percée sur l’infini. C’est une halte dans le néant. À peine plus courte qu’une pause dans ta folie.

11. Quand tu regardes un paysage, tu poses un signet sur le réel. Toute parole redevient possible puisque la lumière enfin assombrit ta déroute.

12. J’ai suivi de près mes amis et mes ennemis et tous ont de petits rêves – les femmes compris – ce qui les rend hélas vulnérables et risibles.

13. Les politiciens mafieux devraient tous se suicider : qu’ils s’enfoncent le canon de la vérité dans la bouche et qu’ils pressent la gâchette.

14. C’est fini. Je rends les armes. Je m’arrache les ongles. Je range mes lames. Je deviens inoffensif. Je me coule dans mon divan et j’observe.

— Jean-Yves Fréchette

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 Jean-Yves Fréchette occupe une place particulière dans les lettres québécoises : s’il vient de publier un  recueil de 1,001 tweets (Tweet rebelle, L’instant même, 2011) après un long silence, il ne faut pas croire que l’écrivain était resté inactif depuis le début des années 1980, époque où paraissaient Pli sous plis et Physitexte: c’est qu’il s’est s’adonné pendant ce temps-là à des expériences textuelles parfois étonnantes, comme un texte labouré par des cultivateurs de la région de Portneuf de façon à les rendre visible aux voyageurs regardant par le hublot d’un avion, ou comme dévider, depuis un camion, du Maine jusqu’à Québec, un immense texte écrit sur une bande. On devine que de telles expériences devenaient le motif de belles fêtes populaires ! Cette manière de placer le texte dans le paysage rappelle les réflexions (ici sur le mode de la réalisation) d’un Borges. Ses tweets participent de cet esprit ludique : ce qui s’était exprimé dans l’immensité des expériences relatées ci-haut emprunte cette fois la brièveté extrême des 140 caractères (pas un de plus, pas un de moins) du tweet. Le fait de les regrouper en 14 chapitres et sous forme de livre (ce qui offre un paradoxal retour au support d’avant l’Internet) lui aura permis de placer ses textes dans la durée. Personne ne sera étonné d’apprendre que Jean-Yves Fréchette a été un professeur hors pair. Maintenant retraité, il continue d’offrir des performances sur scène (notamment dans un numéro où le public est invité à créer (à crier !) un récit à partir d’une série de plaques d’immatriculation automobile.

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